¡Cuidado con el dorado!

¡Todo lo que brilla (o es dorado) no es oro! Algunas formas de identificar su «dorado»

De Donatienne Lurquin – Atelier du Bois Doré – Restauradora

Si la feuille d’or à la détrempe était majoritaire (avec des exceptions, notamment en Italie et en Espagne) jusqu’à la fin du 18ème siècle, cela a changé par la suite : selon les époques, les modes, le type d’objet, sa destination, le budget … et surtout selon les interventions ultérieures faites par les propriétaires ou les restaurateurs, on peut trouver de nombreux autres matériaux et techniques sur les Bois « Dorés », parfois concomitamment : feuilles d’argent recouvertes de vernis jaune, feuilles de laiton …, posées soit à la détrempe, soit à la mixtion. Mais on trouve aussi des dorures émaillées à chaud ou électrolytiques, des peintures dorées, des « bronzines » (vernis ou cire chargés en poudre de laiton) et plus récemment des poudres de mica.

Ces choix d’origine ou interventions ultérieures ont bien sûr des conséquences sur la qualité esthétique de l’objet (surtout avec le temps, car les ersatz et fausses dorures vieillissent très mal), mais aussi sur sa valeur patrimoniale ou marchande, et sur son entretien, sa conservation et sa restauration.

Il y a plusieurs critères croisés pour analyser une « dorure », son matériau et sa technique : feuille ou pas ; brillance ou matité ; or ou autre métal ; couleur ; aspect et granulométrie ; …

Pour procéder à cette analyse, il faut procéder zone par zone, car un même objet peut combiner plusieurs matériaux et plusieurs techniques, soit d’origine, soit par des interventions ultérieures, parfois en couches superposées.

Et enfin, cette analyse doit tenir compte des éventuelles couches déposées sur la dorure, quelle qu’elle soit : matage, patine, protection, saleté …, ou encore bidouillages ultérieurs.

  1. Sur une zone donnée, la première chose à faire est de vérifier si vous avez affaire à des « feuilles » ou pas.

Une dorure à la feuille présentera toujours, en cherchant, de petits manques dans les creux, de fines déchirures dans la feuille. Elle se remarque aussi par la présence de raccords tous les X cm, qu’on voit surtout sur les reliefs un peu usés.

S’il s’agit d’une dorure à la feuille et à la détrempe (à l’eau), vous verrez des raccords de 1 à 5mm, c’est-à-dire les zones où les feuilles se chevauchaient en double couche quand elles furent posées, et où l’usure est donc moins perceptible.

Chevauchements de dorure à l’or et à la détrempe (usée)

Mais attention : parfois des fabricants peu scrupuleux ont doré une surface à la mixtion, ou même à la peinture, puis « surpeint » au pinceau des faux chevauchements de 3mm par-dessus…

S’il s’agit d’une dorure à la mixtion (à l’huile), vous verrez un infime joint entre 2 feuilles, sans chevauchement.

Fins raccords bord à bord de dorure à la mixtion

Autre indice, la brillance : sur une zone dorée à la feuille, vous constaterez qu’elle peut être brillante ou plus mate : une surface très lisse et une dorure très brillante comme de l’or massif (le plus souvent sur les reliefs) indique avec quasi certitude une dorure à la détrempe qui a été polie à l’agate. Une dorure mate (souvent dans les creux, ) peut indiquer une dorure à la détrempe non polie, mais aussi une dorure à la mixtion.

                                                             

Un autre indice pour distinguer une dorure à la détrempe ou à la mixtion est l’assiette, une argile souvent rouge-orangée-rose-brune (variable selon les pays et les époques) sous l’or, grise ou noire sous l’argent. Cette assiette permet de polir la feuille et est donc souvent indice de dorure à la détrempe.

Mais à nouveau, attention aux exceptions : dans les creux, une dorure à la détrempe se fait souvent sans assiette ou sur une assiette jaune ; Une dorure à la mixtion peut avoir été faite ou refaite sur assiette.

Attention aussi aux raccourcis : certains n’hésitent pas à utiliser une peinture rouge à la caséïne ou synthétique pour faire croire à de l’assiette. Les couleurs en sont souvent crues, et le rendu satiné naturel est absent.

Test au coton-tige : une assiette d’argile part avec de l’eau.

  • Si vous voyez des vrais raccords et donc des feuilles : de quelles feuilles s’agit-il ?

Un premier indice est la distance entre les raccords ou les joints. Un écart de 7 à 9 cm (la taille des feuilles d’or ayant varié dans le temps et selon les pays) peut indiquer une feuille d’or. Un écart de 10 à 16cm indique à coup sûr une feuille d’une autre nature.

Mais attention ! : les feuilles de laiton existent en 8×8, également en 14×14 ou 16×16, qui ont parfois été coupées en 4 pour donner des feuilles de 7 ou 8cm de côté pour faire croire à de l’or …

Un second indice est la couleur : au-delà d’une éventuelle patine artificielle ou de l’encrassement naturel, l’or (sauf alliages spéciaux) a une couleur jaune orangé, clair s’il est laissé mat, plus foncé et plus chaud s’il a été poli.

Si vous constatez une couleur or pâle, froid, un peu citron, parfois légèrement verdâtre : ce peut être un or clair à 18-22 carats (tel qu’il fut parfois pratiqué sous le 1er Empire par exemple), mais souvent cela traduira un erzatz de dorure à la feuille d’argent : au 19ème, quand l’or coûtait plus cher que la main-d’œuvre, on le remplaçait par de l’argent (en général 9 à 12 cm de large), qu’on recouvrait d’un fin vernis jaune très brillant, ce qui imitait parfaitement l’or à court terme. Mais avec le temps, ce vernis à base de gomme-laque se dépigmente (d’où le coloris or pâle argenté, parfois irrégulier), se fendille et devient poreux (dès lors vous verrez de nombreux points ou craquelures noirs, signes de l’oxydation de l’argent sous-jacent). L’assiette est souvent noire.

Test au coton-tige : enlever 1cm² de vernis avec de l’alcool dans un endroit caché, cela fait apparaître la feuille d’argent.

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Feuilles d’argent recouvertes de vernis jaune

Au contraire, un coloris rouille ou marron ou brun indique probablement l’usage de feuilles de laiton (alliage de cuivre et zinc). Celles-ci s’oxydent et changent de couleur avec le temps. De plus, le laiton est toujours recouvert d’un vernis pour freiner l’oxydation du métal, et ce vernis devient poreux, fonce et brunit également avec le temps, comme les vernis des tableaux, renforçant la couleur rouille. Là où le vernis est usé ou poreux, vous pourrez voir localement des zones plus vertes (vert-de-gris), autre preuve de la présence de laiton oxydé.

Les zones dorées à la feuille de laiton le sont souvent à la mixtion.

Test au coton-tige sous le vernis : une goutte d’ammoniac fera virer le laiton en vert-brun-noir très rapidement.

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Feuilles de laiton devenues verdâtres
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Feuilles de laiton devenues brun-rouille

Un troisième indice sont les plis de feuilles : la feuille d’or – et dans une certaine mesure la feuille d’agent – est tellement fine et souple que, lorsqu’elle est posée et lissée, elle ne laisse aucun pli visible. En revanche, la feuille de laiton, beaucoup plus épaisse et moins malléable, laissera toujours de fins plis et des traces d’écrasement.

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La présence d’un vernis et/ou d’une épaisse patine artificielle (à l’œil ou au toucher) va également attirer votre attention. L’or est inaltérable et, sauf exception ou un léger matage, n’a pas besoin de vernis, contrairement au laiton. En outre, le laiton neuf et verni est clinquant, très jaune : on le badigeonne donc souvent d’une épaisse patine (par ex. bitume de Judée), surtout dans les creux, pour le vieillir et le ternir. Cette patine artificielle tend à devenir fort sombre avec le temps.

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Vernis et épaisse patine

  • Si vous ne voyez aucun raccord, aucune superposition, aucun joint, aucune lacune entre feuilles : ce n’est probablement pas de la feuille, et donc encore moins de l’or, mais une peinture dorée, sous une forme ou une autre !

A partir de la première partie du 20ème, on a fait des fausses dorures émaillées à chaud, chimiques, ou électrolytiques (en ayant au préalable rendu le bois conducteur par une couche de graphite). Le plus souvent, il s’agit d’un alliage de laiton et autres métaux. On peut y voir des contrastes entre mats et brunis, mais il n’y a aucune feuille, aucun raccord, aucun manque, le résultat est parfaitement uniforme, lisse et dur, la tonalité souvent ocre rouille.

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Fausse dorure chimique ou électrolytique

Beaucoup plus dommageables sont les interventions ultérieures à la bronzine, que ce soit sur la totalité de l’objet ou en retouches localisées. Ce sont des poudres de laiton mélangées à un vernis ou une cire, sous des coloris et appellations mensongères d’ « or riche, Versailles, Trianon … ». Vous les remarquerez aisément par leur granulométrie, les traces de pinceau, l’aspect mat et uniforme, et leur couleur devenue verte, marron ou noire. Contenant parfois du cadmium, du minium et autres métaux lourds, ces bronzines sont parfois irréversibles et la dorure d’origine sous-jacente sera irrécupérable.

Quelques massacres à la bronzine, verdâtre, grisâtre, rosâtre, brunâtre, noirâtre …

Plus récemment sont apparus des pigments de roche, le mica, également disponible en divers coloris « dorés ». Ces fausses dorures ont un aspect parfois rosâtre, blanchâtre, une fausse brillance uniforme, pas de reflets et la présence de grains très fins. Souvent mélangés à des résines acryliques, leur réversibilité pose également problème.

  • Conclusion

Il faut bien examiner un objet, selon tous les critères croisés ci-dessus.

Lors de vos achats, n’hésitez pas à vous faire préciser les choses, si le vendeur y connait quelque chose, ou accompagner par un expert en dorures.

Si vous faites restaurer un objet, demandez un rapport au restaurateur, avec le descriptif complet des matériaux et techniques, d’origine ou ultérieurs, et de ce qu’il y fait comme interventions, pourquoi, comment et avec quoi.

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