Òscar Ollé, Ebéniste tourneur sur bois, Barcelone, Espagne

Lorsque je tournais un morceau de bananier que j’avais coupé de mes propres mains, à partir d’un arbre qui m’avait vu grandir, et dont j’avais soigné le bois pendant des années pour créer une pièce unique, je compris que cet arbre ne mourrait jamais car il avait laissé une histoire derrière lui.

Décrivez-nous votre profession. Je suis ébéniste depuis mon enfance, car j’ai commencé dans l’entreprise familiale. Comme toutes les professions il y a plusieurs niveaux de travail et de responsabilité, mais en général, c’est une profession physique, avec une forte dimension  mentale et qui produit un grand de grandes satisfactions. 

Quel matériaux utilisez-vous ? J’achète du bois des quatre continents, venant de forêts avec abattage contrôlé. Je récupère aussi des poutres de fermes ou de vieux bâtiments, de vieux meubles sans usage, des arbres malades ou morts pour quelque raison et je garde le bois pendant des années comme le faisaient nos ancêtres. L’idée est de pouvoir atteindre le client avec le bois adapté.

Décrivez-nous le client idéal. Un client qui respecte le travail de l’artisan, admire les matériaux. Après de nombreux emplois, j’ai compris que le client idéal est celui qui sait écouter. 

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Comment êtes-vous devenu artisan professionnel ? La crise économique mondiale de 2008, a fait échouer ma première entreprise en 2011, MANDRI s.l,. A l’époque je recevais des commandes exceptionnelles, pour des budgets très importants. Je travaillais pour des municipalités et des entreprises de construction. Après avoir tout perdu, compagnie, famille, amis (la crise économique a tété dévastatrice pour moi), j’ai compris que ma passion est mon métier, je ne voulais pas retourner dans l’industrie, je voulais reprendre le métier et les techniques ancestrales. Mon père m’a enseigné les techniques manuelles, les coupes et les soins du bois. J’ai commencé à travailler comme mes ancêtres, en conservant les bois indigènes, en faisant mes recherches et mes études avec des livres, je travaillais et travaillais. J’ai appris beaucoup de mes erreurs, à connaître mes limites, à mieux me connaître moi-même. Ce que j’aimais le plus, c’était les finitions, pour moi le plus important.

Quel a été le meilleur moment dans votre travail ? Il y en a beaucoup, mais le plus important ça a été lorsque ma famille a vendu la terre suite à la mort de ma grand-mère. La nuit avant le début du travail de la machinerie lourde, j’ai travaillé et coupé un à un les arbres qui appartenaient à ma famille depuis des générations.   J’ai gardé ces arbres pendant des années, les ai laissés sécher comme on m’a appris, en les mouillant et les laissant sécher en tas. Mon premier boulot a été un pied de lampe pour un couple d’Américains. Lorsque j’ai travaillé sur le tour à bois, j’ai commencé à me souvenir de nombreux moments de mon enfance autour de cet arbre. Des sentiments me traversaient et j’ai compris l’importance des objets. Nous devons respecter et admirer la nature. Chaque client emporte une partie de moi dans chaque réalisation que je fais. Le lien est éternel.

En combien d’années avez-vous appris votre métier ? Je ne pourrais pas dire, tout a été évolution. Depuis mon enfance je suis allé avec mon père d’atelier en atelier. Il y a eu deux moments importants, le premier a été la création de ma société Fustes MANDRI s.l (qui a fait faillite), la seconde période c’est l’actuelle. Dans le premier, j’étudiais les Beaux-Arts, un ami qui travaillait dans une entreprise de construction me proposai de faire un projet pour son client, une franchise des restaurants Ginos. Ils voulaient faire un restaurant différent de toutes les autres franchises de Barcelone, celui-ci serait collé au port, face à la mer. Sans société, j’ai fait la faveur de mon ami, remis le projet comme et le projet a été retenu. J’ai dû improviser, réaliser le travail dans le garage de mon père. Le client était tellement satisfait que le même constructeur m’a proposé de créer une entreprise de menuiserie, alors j’ai quitté l’école. En moins d’un an, j’avais 6 travailleurs (y compris mon père) et 25 entrepreneurs indépendants. Parmi les nombreux clients j’avais l’école hôtelière de Barcelone. Comme expliqué précédemment, la crise m’a pris en pleine croissance et je ne pouvais plus faire face aux dépenses et j’ai fait faillite. Après avoir réfléchi sur quoi faire de mon avenir, la seule chose que je savais faire était de travailler le bois avec mes mains et j’ai décidé d’utiliser ma connaissance du métier. J’ai été nommé professeur à l’école ECORE, où j’enseigne encore et j’ai un atelier d’artisanat dans un quartier central de la ville où j’enseigne aussi le samedi.

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De quelles connaissances techniques et dispositions avez-vous besoin dans votre profession? Il faut savoir dessiner, être patient, exigeant, respectueux et attentif.

Quel rôle jouent « talent » et « créativité» dans votre profession? Le talent se forge individuellement, jour après jour, en travaillant, en étant critique avec soi-même. La créativité s’apprend, tout dépend de la passion de chaque élève.

Et qu’en est-il de l’innovation ? Quels sont les changements depuis que vous avez commencé? L’innovation est nécessaire. L’innovation et l’artisanat ne sont pas en contradiction avec la technologie, aujourd’hui nous pouvons communiquer instantanément avec n’importe quel artisan du monde qui travaille avec différentes techniques et matériaux, nous pouvons comparer, nous aider à résoudre des problèmes et surtout nous enrichir mutuellement.

Utilisez-vous de nouveaux matériaux, outils, processus, outils marketing? Pas tout ce que je voudrais.

Quel est l’impact de l’innovation sur vos performances professionnelles ?  La communication directe et instantanée qui existe avec différents artisans à travers le monde, c’est merveilleux.

Comment votre profession pourrait-elle être encore plus innovante ? Nous vivons dans un monde où tout est accéléré, travail, nourriture, mode, relations sociales, consommation en général. Faire une pause et le contrôler son propre temps c’est ce que ma profession apporte. La jeunesse évolue à un rythme très rapide et veut obtenir des choses instantanément. Il faut transmettre que la qualité est dans l’effort, l’effort fait que vous avez des valeurs et des valeurs encore plus importantes que les choses qui coûtent.

Partagez une expérience significative ou une réflexion.  Je voudrais valoriser et partager les coutumes et les valeurs de nos aînés, le goût de l’effort pour obtenir des choses et pour les garder.

Quelle est la meilleure façon d’apprendre votre métier ? Les Écoles, les ateliers avec des artisans. De nos jours, grâce aux technologies et aux communications, vous pouvez apprendre n’importe quel métier, il vous suffit de le vouloir. Les outils pour apprendre un métier sont sur internet sur n’importe quelle plateforme, il est toujours conseillé de pratiquer avec des professionnels.

Comment motiver les jeunes générations à choisir votre métier, quel serait votre message pour eux ? C’est une grande responsabilité de donner des conseils ou envoyer des messages qui peuvent atteindre beaucoup de gens. D’après mon humble compréhension et sans aucun précédent, je crois que les expériences personnelles sont celles qui forgent chacun, c’est là que le courage individuel entre en jeu. Le chemin de croissance personnelle en tant qu’artisan, c’est celui qui touche le profond de votre âme. Comme je l’ai déjà expliqué, lorsque je tournais un morceau de bananier que j’avais coupé de mes propres mains, à partir d’un arbre qui m’avait vu grandir, et dont j’avais soigné le bois pendant des années pour créer une pièce unique, je compris que cet arbre ne mourrait jamais car il avait laissé une histoire derrière lui. Le sentiment d’achever le travail après tant d’années, vous fait éprouver des sentiments oubliés, liés à l’enfance. La pièce finale, que ce soit un vase, une chaise, un meuble, un bijou, fera en sorte que le travail et son histoire se transmettent aux générations, comme le firent nos aînés, par des pièces d’un coût et d’une valeur unique. Il faut encourager les jeunes à récupérer ces valeurs à un moment où la consommation fait peur. Croire en  l’artisanat c’est croire à un avenir stable.

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